Notre saison de colza 2016-2017

Pour cette campagne, nous disposions de deux parcelles pour implanter du colza. Précédemment occupée par de l’orge d’hiver, cette surface totale d’environ 4,5 hectares a été intégralement conduite de la même façon.

Après épandages de 20 à 25 tonnes de fumier par hectare suivi de deux déchaumages superficiels en interculture, nous avons labouré puis préparé le sol pour implanter nos semences le 22 août, date généralement considérée comme étant assez précoce pour la réalisation de tels travaux.

Semer des hybrides ou une variété pure?

Il existe deux types de variétés : les hybrides, qui représentent au moins 80% des semences de colza utilisées dans notre région, et les variétés dites « lignées pures » issues de deux parents comportant les mêmes caractéristiques.

Pour ce qui nous concerne, nous avons choisi d’implanter une variété lignée, de chez Momont, semencier local installé dans le Pévèle.

Cette variété inscrite sous le nom Butterfly possède des qualités essentielles qui correspondent parfaitement aux méthodes intégrées que nous pratiquons. Elle offre notamment des qualités de résistance aux maladies et elle est surtout peu sensible à la verse et à l’élongation, avec un potentiel de rendement satisfaisant.

En outre, nous avons simultanément implanté des plantes légumineuses (féveroles et lentilles) dont l’intérêt est multiple : travail des sols par les racines et enrichissement par l’apport d’azote, occupation du terrain pour limiter le salissement des parcelles et piégeage des insectes ravageurs (ngon prouvé scientifiquement).

champ de colza le 29 octobre 2017

Champ de colza le 29 octobre 2017

Ces plantes gélives ont été naturellement détruites par le gel hivernal et ont donc accompagné le colza lors de la phase automnale de son cycle. Par leur dégradation à la sortie d’hiver et au printemps, elles lui ont alors apporté des nutriments permettant ainsi de diminuer les apports d’engrais d’environ 20 à 25%.

En début de cycle, jusqu’au stade 3-4 feuilles, le colza est particulièrement sensible aux limaces mais le labour (en les dérangeant) et les conditions climatiques particulièrement sèches du début du mois de septembre 2016 ont été salutaires. Concernant les altises, autres insectes nuisibles jusqu’au même stade (3-4 feuilles), leurs vols ont été plus tardifs, et l’avancée des dates de semis permettant une croissance rapide du colza en début de cycle les a rendu inoffensifs.

Le caractère peu sensible à la verse et à l’élongation de la variété implantée nous a permis d’avancer les dates de semis aux alentours du 20 août sans crainte. En effet, on aurait pu redouter un allongement trop important du collet avant l’hiver qui aurait justifié l’application de produits pour réguler la croissance. Il n’en a rien été et, comme prévu, la croissance s’est freinée d’elle-même au stade 6-8 feuilles.

Cette variété a été mélangée à 5% d’Alicia, une variété très précoce destinée à piéger les méligètes au printemps. Ces insectes pollinisateurs abîment les boutons floraux et s’opposent par conséquent à leur bonne évolution en fleurs induisant une diminution de la productivité. L’objectif est atteint si l’Alicia est en fleur (plus attractive pour les insectes) en même temps que la variété principale est en bouton (stade de sensibilité). De cette façon, les boutons floraux pourront évoluer dans de bonnes conditions et on évitera ainsi le recours à des produits insecticides pour éliminer ces ravageurs dont on aurait ensuite apprécié le travail de pollinisation au stade floraison de la variété principale. Pour résumer, les méligètes ravageurs au stade bouton deviennent intéressants en tant que pollinisateurs au stade floraison. Par conséquent, il paraît contradictoire de les éliminer par l’application d’insecticides comme pratiqué régulièrement en agriculture conventionnelle.

Afin de limiter le salissement des parcelles, nous avons procédé à un désherbage chimique juste après le semi, mais avec une réduction d’environ 30% des doses préconisées.

Concernant la prévention des maladies, les conditions climatiques particulièrement sèches et douces du printemps 2017 ont permis de limiter notre intervention à un passage avec une demi dose par rapport à celle recommandée.

En conclusion, pour notre première expérience de culture de colza en intégré, nous pouvons considérer avoir atteint notre objectif en supprimant tous les insecticides généralement employés et en ayant diminué de façon significative tous les autres intrants pour obtenir un rendement tout à fait honorable et un produit nettement plus sain que si on avait utilisé des techniques conventionnelles. Il semblerait que nos choix stratégiques associés aux conditions climatiques particulièrement favorables constituent les principales explications de ce succès.