Notre blé

Dès le choix des variétés, notre objectif était clair : tenter de produire du blé susceptible d’être utilisé pour la panification. En effet, on doit déplorer qu’une écrasante majorité des blés produits dans la région des Hauts de France ne puissent, au final, être exploités par un boulanger et surtout en agriculture conventionnelle où la priorité est donnée aux rendements et non à la qualité.

Produire du blé panifiable

Nous avons donc alors choisi d’associer trois variétés classées BPS (Blé Panifiable Supérieur) à une VRM (Variété Recommandée par la Meunerie). La technique du mélange variétal que nous pratiquons constitue un levier essentiel afin d’atteindre notre objectif de limiter le recours aux produits phytosanitaires.

Pour cela, il convient simplement de choisir méticuleusement les variétés à associer. Elles doivent être compatibles par leur précocité, montaison et épiaison (rythme de croissance identique) et par leurs caractéristiques agronomiques. En effet, si une variété est considérée comme sensible à une maladie ou à la verse, les autres doivent compenser ce manque pour assurer sa « protection ». Cette technique permet donc de lisser les qualités et les défauts de chaque constituant du mélange.

Un semis sans labour

Ce mélange a été semé le 31 octobre 2017 sans labour préalable. les conditions météorologiques particulièrement sèches des jours précédents le semis ainsi que l’état de propreté des parcelles nous ont effectivement permis d’éviter de sortir la charrue, outil que l’on considère comme particulièrement agressif pour les sols.

 

Différer les dates de semis

Le différé volontaire des dates de semis (on peut considérer que dans la région, plus de 80% des blés sont en terre pour le 20 octobre), ainsi que la diminution de plus de 20% des densités de semis par rapport aux techniques conventionnelles représentent d’autres leviers faciles à actionner pour diminuer les recours à la chimie. On évite ainsi les désherbages et d’éventuels insecticides d’automne mais également les régulateurs de croissance, autrement appelés raccourcisseurs, habituellement appliqués au printemps car nos cultures auront la place pour se développer horizontalement (phénomène physiologique du tallage) et ne se développeront donc pas verticalement, ce qui limite les risques de verse.

Le seul désherbage qui a eu lieu au mois de mars a donc été amplement suffisant pour gérer la plupart des adventices (mauvaises herbes) présentes sur les parcelles. Nous avons néanmoins été contraints d’échardonner manuellement nos parcelles dans le courant du mois de juin.

La protection fongique se résume à l’application d’une demi dose pour sécuriser le rendement en raison des conditions orageuses du mois de mai, propices à la prolifération de maladies pouvant altérer les caractéristiques du grain. Dans de telles conditions, l’utilisation de techniques conventionnelles aurait imposé deux à trois applications avec des doses plus importantes.

Malgré une diminution de près de 30% des apports d’engraisseur la saison, nous obtiendrons des rendements identiques à ceux atteints par les exploitants de la région qui appliquent les techniques conventionnelles. Enfin, les conditions climatiques particulièrement sèches de la fin du mois de juillet et la patience dont nous avons su faire preuve nous ont permis de récolter des blés mûrs et secs, conditions indispensables pour en assurer une conservation aisée et optimale et envisager leur destinée avec sérénité.